lundi 25 février 2013

Bleu


Juillet 1998, je sillonne le Limousin en camping-car avec femme et enfants et lapin. Le 12, en fin de matinée, nous atterrissons à Peyrat-le-Château, sympathique village d'un millier d'âmes. Dans la rue principale, nous passons devant un petit bistrot qui arbore fièrement une affichette "Ce soir, retransmission de la finale de la coupe du monde de football entre la France et le Brésil". Le copilote occasionnel qui, accessoirement, s'avère être mon fils ainé (13 ans), me lance un clin d'œil complice. Pigé, fiston !

On trouve un chouette endroit pour garer la maison à roulettes, tout près d'un lac avec des canards. On déballe le pique-nique et on s'étend sur l'herbe. Le soleil brille, les oiseaux chantent... les grenouilles aussi. Les enfants barbotent... les grenouilles aussi.

Vers 19h00, les négociations démarrent :

— Ma chérie, je crois que les enfants ont très envie de voir le match ce soir !
— Oh, oui, m'man, on zzz'avons très zzz'envie de voir le matsss ce soir !
     Ça, c'est le petit (11 ans).
— Mais, les enfants, vous savez bien que nous n'avons pas la télé dans le camping-car.
— Maman a raison, les enfants, nous ne pourrons pas voir le match ce soir. Zut alors !
— À  moins  que  papa  ne  vous  amène  dans  le  bistrot  devant  lequel  nous  sommes  passés
     ce  matin !
— Heum ! De quel bistrot veux-tu parler, ma chérie ?
— Ben, moi zzz'ai pas vu le bissstrot, moi !
— Tu sais bien, mon chéri, le bistrot devant lequel Seb. t'a fait un clin d'œil.
— Bôôô, l'autre... j'ai même pôô fait d'clin d'œil !
— Mais, il m'a pas fait de clin d'œil !!!
— Encore faudrait-il que vous ayez un casse-croûte pour partir.
— Ben, moi zzz'veux un casse-croûte au zzzambon, moi !

Opération rondement menée.

À 20h00, tous les mâles de la tribu (sauf le lapin) font route vers le bistrot béni. L'endroit, prévu pour abriter une vingtaine d'individus, en temps normal, doit bien en contenir le triple pour cette soirée de gala. Des tabourets nous parviennent comme par magie. Grenadine pour tous les mâles de la tribu (sauf moi : un demi !). Passant de main en main, au dessus des têtes, nos consommations arrivent. Au dessus des têtes, de main en main, mon billet de 50 Francs s'envole vers la caisse. 

L'ambiance est bon enfant. Nous sommes grimés aux couleurs de notre équipe. Les pronostics vont bon train. Ça se chicore gentiment.

— On peut pas perdre, on a Zizou, vindiou !
— Ouaih, mais ils ont Ronaldo, tudiou !
— Penses-tu, l'ai cuit le Ronaldo ! Vaut mieux se méfier de Bebeto. Qui c'est qui le prend lui ?
     Liza ? Il va le bouffer fastoche !
— Et Leonardo, c'est du mou pour le chat ?
— Thutu est en pleine bourre, il va l'atomiser !
— Y'a aussi Roberto Carlos, il est capable de nous coller une praline des 40 mètres.
— Et qu'est-ce tu crois qu'il a sur ses gants, Barthez : du saindoux ???

21 heures pétantes, l'arbitre lâche les fauves. Onze bleus et onze jaunes. Je ne vais pas vous refaire le match, toujours est-il que les Français prennent crânement d'assaut le camp brésilien et qu'en bon chef de meute, Zidane crucifie par deux fois le gardien adverse. Deux buts qui font l'effet de deux bombes atomiques dans le bistrot. Ça crie, ça vocifère, ça s'époumoner, ça commande de nouvelles tournées !!!

La mi-temps arrive avec son nouveau ballet de verres et de billets manuellement aéro-transportés. Désormais, l'ambiance parait plus sereine, les langues se délient : « Tu viens d'où, toi ? De Brest ? Boudiou, vous z'avez pas la télé, chez les pingouins ??? Huguette, mets donc une tournée aux p'tits Bretons ». Les enfants entament même un "On va gagner, on va gagner !" plein d'optimisme, repris par un chœur dissonant mais joyeux.

Pour la seconde mi-temps, les Brésiliens se sont refait une santé et une agressivité nouvelle. Les Bleus manquent de se faire écharper dix fois. Dix fois ils résistent. Et quand Manu Petit plante une ultime banderille à la dernière minute du match, ce n'est pas le bistrot qui explose, mais tout Peyrat-le-Château et tout le Limousin et toute la France aussi.

De partout des gens affluent. La rue est prise d'assaut par une foule bigarrée et bruyante. Des pétards éclatent, de nouvelles tournées sont commandées. On chante, on s'embrasse, on se tape dans le dos. D'autres nouvelles tournées sont commandées !!! Des rondes sont improvisées mêlant jeunes, vieux, femmes, hommes, de toutes les couleurs, de toutes les conditions.

Ce soir-là, la France était black-blanc-beur... et bleue !!!

>>>>> PLUS BLEU QUE LE BLEU DE TES YEUX

01 - Alela Diane - Age Old Blue
02 - Alice Cooper - Blue Turk
03 - Amos Lee - Clear Blue Eyes (feat. Lucinda Williams)
04 - Bob Dylan - It's All Over Now, Baby Blue
05 - David Bowie - Silly Boy Blue
06 - Eddie Cochran - Am I Blue ?
07 - Françoise Hardy - L'heure bleue
08 - Eldorado - Blue Jay Wings
09 - Frantic Flintstones - Blue Moon of Kentucky
10 - Janis Joplin - Little Girl Blue
11 - Josh Kelley - Baby Blue Eyes
12 - Kate Bush - Symphony in Blue
13 - Liane Foly - Blue Notes
14 - Michael Franks - Samba Blue
15 - Seasick Steve - Underneath a Blue and Cloudless Sky
16 - Suzanne Vega - Small Blue Thing
17 - The Rolling Stones - Blue Turns to Grey
18 - U2 - Bullet the Blue Sky

jeudi 21 février 2013

Voici... Gainsbarre ! [ par le Zornophage ]


« Zornophage ! Zornophage ? C'est qui le Zornophage ???
C'est un petit jeune qui débute sur la blogosphère. Il n'y connait rien en musique mais c'est pas grave, il apprendra vite ! Il nous présente aujourd'hui une compile consacrée à Serge Gainsbourg.
Gainsbourg ! C'est qui Gainsbourg ? C'est un petit jeune qui débute dans la chanson. Il n'y connait rien en musique mais c'est pas grave... »

On ne fait plus l'article sur Gainsbourg, référence intouchable si un peu surestimée (mais référence quand même, hein !). D'ailleurs, il est extrêmement mal vu (comme pour Coluche) d'oser la moindre critique sur un personnage pourtant peu consensuel de son vivant.

Bref, voici Gainsbarre et il n'y a pas grand chose d'autre à en dire si ce n'est que la musique parle parfaitement d'elle-même avec, comme toujours dans la série des This Is/Voici, un choix s'éloignant souvent des grands classiques. Et donc, un par album plus quatre bonus afin de rallonger la sauce, goûteusement, bien sûr !

J'espère que vous apprécierez.

>>>>> INITIALES S.G.
 
01 - Ce mortel ennui (1958 - Du chant à la une)
02 - La nuit d'octobre (1959 - N° 2)
03 - En relisant ta lettre (1961 - L'étonnant Serge Gainsbourg)
04 - Black trombone (1964 - N° 4)
05 - La saison des pluies (1963 - Confidentiel)
06 - Ces petits riens (1964 - Gainsbourg & Percussions)
07 - L'eau à la bouche (1968 - Bonnie and Clyde)
08 - Ford Mustang (1968 - Initials BB)
09 - Manon (1969 - Jane Birkin - Serge Gainsbourg)
10 - L'hôtel particulier (1971 - Histoire de Melody Nelson)
11 - Vu de l'extérieur (1973 - Vu de l'extérieur)
12 - Est-ce que c'est bon ? (1975 - Rock Around the Bunker)
13 - Meurtre à l'extincteur/Marilou sous la neige (1976 - L'homme à la tête de chou)
14 - Des laids des laids (1979 - Aux armes et cætera)
15 - La nostalgie camarade (1981 - Mauvaises nouvelles des étoiles)
16 - Harley Davidson of a Bitch (1984 - Love on the Beat)
17 - Aux enfants de la chance (1987 - You're Under Arrest)

Bonus
18 - Chatterton (1997 - Comic Strip)
19 - La chanson du forçat (2007 - Les années psychédéliques)
20 - Machins choses (1997 - Du jazz dans le ravin)
21 - L'ami Caouette (1997 - Couleur café)

lundi 18 février 2013

Good Drink


Si vous passez un de ces jours en Australie, n'hésitez pas à rendre visite à Natacha M. Elle est peintre, d'origine russe et mariée à un riche homme d'affaires perpétuellement en déplacement, qui l'a installée dans un luxueux loft du centre de Darwin. Pour la rencontrer, ce n'est pas compliqué : il suffit de fréquenter les bars qui restent ouverts toute la nuit. Si elle n'est pas vautrée sur un coin du zinc, c'est qu'elle est en train de repeindre les chiottes.

Quand j'ai connu Natacha, nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre. Ce n'était pas un coup de foudre... nous étions pleins comme des outres !!! Elle m'a hébergé durant quatre semaines, le temps de faire mon portrait à huile. Ça peut paraitre long, mais il faut savoir qu'elle ne peut peindre qu'avec au minimum un litre de vodka dans la cafetière. Ses mains cessent alors de trembler. Pour ne pas passer pour un goujat auprès d'une personne aussi délicate, j'avais opté pour le même régime.

Nous passions nos journées à picoler. Tous les liquides que nous ingurgitions suffisaient à apaiser nos appétits... tant nourriciers, que sexuels. J'ai d'ailleurs perdus 11 kilos durant cette période. Elle n'avait plus rien à perdre... à part peut-être un os ! La nuit, nous courions de bar en bar, grignotant deci delà quelques cacahuètes égarées et imaginant de nouveaux cocktails plus fulgurants les uns que les autres : Ricard/téquila, whisky/Cointreau, rhum/Get 27... essayez, c'est... heu... ben , justement : fulgurant !!!

C'est au petit matin que l'inspiration artistique lui venait. Elle se jetait alors comme une furie sur ses pinceaux et ses tubes de couleur. Chacun de ses gestes était comme un coup de griffe sur la toile. Des formes de plus en plus cohérentes apparaissaient comme par magie. Son style pourrait aisément s'apparenter au classique fauvisme, s'il n'était parsemé d'éléments cubistes donnant une certaine gravité à l'ensemble.

Un beau jour, il a bien fallu que je réinvestisse ma panoplie de routard. Monsieur M. avait annoncé son retour et j'avais encore toute l'Australie à découvrir. Si vous avez l'occasion de rencontrer Natacha M., pourriez-vous lui dire que j'ai oublié ma montre sur le petit guéridon, près du jacuzzi ?

>>>>> BOIRE UN PETIT COUP C'EST AGRÉABLE

00 - Margy Lina - Ah ! Le petit vin blanc
01 - Dean Martin - Little Ole Wine Drinker, Me
02 - Zaza Fournier - Vodka fraise
03 - Jerry Lee Lewis - Drikin' Wine Spo-dee-o-dee
04 - Kenny Chesney & Grace Potter - You and Tequila
05 - Natalia Avelon & Ville Valo - Summer Wine
06 - Peter "Memphis Slim" Chatman - Beer Drinking Woman
07 - Devil Doll - Bourbon in your Eyes
08 - The Rolling Stones - Pass the Wine (Sophia Loren)
09 - Led Zeppelin - Tea for One
10 - Amboy Dukes - Sobbin' in my Mug of Beer
11 - Louis Bertignac - Bloody Mary Tabasco
12 - Seasick Steve - Whiskey Ballad
13 - Josh Kelley - Two Cups of Coffee
14 - Atlanta Rhythm Section - Champagne Jam
15 - Eagles - Tequila Sunrise
16 - Eric Sardinas & Big Motor - Cherry Wine
17 - Juliette - Rhum Pomme
18 - UB40 - Red Red Wine

vendredi 15 février 2013

This Is... ELP


ELP ? C'est quoi, ELP ???
C'est pas une chanson des Beatles... ça c'est "Help".
C'est pas des stations-services... ça c'est "ELF".
C'est pas une organisation terroriste... ça c'est "O.L.P.".
C'est pas un super-héros Marvel... ça c'est "Hulk".
C'est pas une pâte à tartiner... ça c'est "Nutella" !!!

ELP c'est tout simplement l'association des initiales de Keith Emerson, Greg Lake et Carl Palmer. Le premier a tenu les claviers du groupe The Nice. Il est classé meilleur claviériste du monde par DigitalDreamDoor.com. Le deuxième fut guitariste et co-fondateur de King Crimson. Quant au troisième, c'est au sein d'Atomic Rooster qu'il s'est fait connaitre en tant que batteur. Accessoirement, il est aussi considéré comme l'un des meilleurs batteurs de tous les temps.

C'est en 1970 que les trois larrons unissent leur talent pour former l'un des tout premiers "supergroupes" de l'histoire du Rock. Ils entament leur carrière scénique lors du Festival de l'Île de Wight en août 1970. Le spectacle commence par des coups de canons disposés de chaque côté de la scène. Dès lors, ils annoncent la couleur : ELP sera un groupe extravagant. En 1974, le groupe est au sommet de sa popularité. Lors du festival California Jam, il se permet même de reléguer Deep Purple en bas de l'affiche. Le concert, diffusé à travers tous les États-Unis, constitue d'ailleurs le point culminant de sa carrière.

La fin des années 70 sera fatale à ELP. L'avènement du disco, du punk ou de la new wave mettra un point (virgule) à son histoire. En 1992, les trois musiciens se retrouvent en studio pour enregistrer un nouvel album et se lancent dans une tournée mondiale triomphale. L'accueil plutôt froid de leur ultime production discographique ne les empêchent pas de continuer à tourner dans le monde entier jusqu'en 1998, dans des salles de moindre capacité et devant un public plus restreint. On les retrouvent néanmoins pour une ultime représentation en tête d'affiche du High Voltage Festival, le 25 juillet 2010 à Londres, quarante ans après leur premier concert.

ELP est donc un groupe de Rock Progressif. Ses compositions sont principalement influencées par la musique classique et le jazz, sans oublier bien sûr le Rock. De nombreux morceaux sont des arrangements ou contiennent des extraits de musique classique (Bach, Bartók, Prokofiev, Moussorgski...) et l'on peut dire qu'ils appartiennent au sous-genre du Rock Symphonique. Si l'orgue Hammond et le synthétiseur Moog dominent les débats, la guitare électrique et la batterie sont aussi là pour apporter une puissance et un dynamisme qui donne à la musique d'ELP une saveur totalement originale.

>>>>> FROM THE MANTICORE VAULTS

01 - Tank (1970 - Emerson, Lake and Palmer)
02 - A Time and a Place (1971 - Tarkus)
03 - The Curse of Baba Yaga [1972 - Pictures at an Exhibition (Live)]
04 - From the Beginning (1972 - Trilogy)
05 - Benny the Bouncer (1973 - Brain Salad Surgery)
06 - Nobody Loves You Like I Do [1977 - Works Volume 1 (CD 1)]
07 - L.A. Nights [1977 - Works Volume 1 (CD 2)]
08 - Close But Not Touching (1977 - Works Volume 2)
09 - The Gambler (1978 - Love Beach)
10 - Better Days (1992 - Black Moon)
11 - Bitches Crystal (1997 - Live in Poland)
12 - Daddy (1994 - In the Hot Seat)
13 - Lucky Man (2010 - Live High Voltage Festival)

lundi 11 février 2013

Voici... Jacques Brel


L'inspecteur Columbo entre dans la pièce.

« Ah ! M'sieur Brel, je suis content de vous rencontrer. C'est ma femme qui parle toujours de vous. Elle dit que vous êtes un grand artiste en Belgique. »

Tout en mâchonnant un bout de cigare éteint, il époussette les manches de son pardessus mastic.

« Au fait, vous êtes au courant pour la pauvre Fanette... et son amant ? C'était au mois de juillet, la plage était déserte, ils ont nagé si loin, ils ont nagé si bien qu'on ne les revit pas. Mmmh ! Triste histoire, quand même. Vous connaissiez la Fanette, n'est-ce-pas ? Vous étiez amis, c'est ça ? Et vous avez dû en chanter des chansons pour elle. »

Il s'approche d'un guéridon sur lequel est alignée une série de photos.

« Mmmh ! C'est bien le portrait de Fanette ? Faut dire qu'elle était belle et vous n'êtes pas beau. C'est ma femme qui vous trouve beau. On peut dire que vous étiez amoureux d'elle, non ? Euh ! Je veux dire de la Fanette, pas de ma femme ! Hin ! Hin ! »

Maintenant, il regarde l'impressionnante collection de disques d'or accrochés au mur.

« Excusez-moi de vous poser toutes ces question, m'sieur. Vous comprenez, c'est surtout ma femme que ça intéresse. Et oui, comment expliquer qu'un jeune couple, en pleine santé, ait pu se laisser surprendre par la marée ? C'est étrange, tout de même ? Comme dit ma femme : on ne nous apprend pas à se méfier de tout. »

Il constate alors que des valises sont prêtes.

« Mais je vois que vous partez en voyage. Les Marquises ? Ma femme me dit beaucoup de bien des Marquises. La mer est calme là-bas, on ne risque pas de se noyer. Et puis, il n'y a pas de mauvaises langues pour dire que la Fanette et son amant ont ri quand ils vous ont vu pleurer. Oui, c'est ma femme qui l'a entendu au drugstore. D'autres disent même qu'ils ont chanté quand vous les avez maudits. Mais tout ça, c'est des ragots, n'est-ce pas, m'sieur ? »

Le chauffeur emporte les bagages.

« Ne partez pas si vite, m'sieur Brel. On dirait que vous fuyez. Vous et moi savons que vous n'avez rien à voir dans ce terrible accident, n'est-ce-pas ? C'est bien ce que je pensais. C'est ma femme qui va être rassurée. Je vous ai dit que ma femme vous aimait beaucoup ? Mais j'y pense : j'ai oublié de vous demander ce que vous faisiez ce fameux jour de juillet. Mmmh ! Vous étiez à Amsterdam. Mais bien sûr ! Ma femme me parle souvent d'Amsterdam. »

Désormais, la pièce est vide. L'inspecteur Columbo tente vainement d'allumer son bout de cigare. Il feuillette son carnet de notes, se gratte la tête avec perplexité. Un éclair de lucidité vient de traverser son cerveau. Il se précipite dans le couloir, dévale les escaliers et parvient à rattraper Jacques Brel avant qu'il ne monte dans un taxi.

« Au fait, m'sieur, je crois que nous sommes appelés à nous revoir très bientôt. Oui, j'ai l'intention de visiter les Marquises avec ma femme. Peut-être que nous pourrions passer vous voir, à l'occasion ? Elle serait si contente de vous rencontrer. »

>>>>> L'INACCESSIBLE ÉTOILE

01 - Dites, si c'était vrai (poème) (1953 - Chansons inédites de jeunesse)
02 - Grand Jacques (1955 - Jacques Brel et ses chansons)
03 - Pardons (1957 - Quand on n'a que l'amour)
04 - Voir (1958) Au printemps
05 - Isabelle (1959 - La Valse à mille temps)
06 - Clara (1961 - Marieke)
07 - Zangra (1961 - Olympia)
08 - Une île (1962 - Les Bourgeois)
09 - J'aimais (1964) Les Bonbons)
10 - Jef (1964 - Olympia)
11 - Grand-mère (1966 - Ces gens-là)
12 - À jeun (1967 - Jacques Brel 67)
13 - Je suis un soir d'été (1968 - J'arrive)
14 - Dulcinéa (1968 - L'Homme de la Mancha)
15 - Je ne sais pas (1972 - Ne me quitte pas)
16 - Les F... (1977 - Les Marquises)

vendredi 8 février 2013

Death Metal [Tome 2]


Je vous écris cette chronique du bûcher sur lequel j'ai été condamné à griller comme une vulgaire chipolata. Ma faute ? Je la reconnais, je l'assume... mieux, je la revendique. En janvier 2012, j'avais proposé une compilation consacrée au Death Metal, qui ne comprenait que des groupes classés dans la catégorie Death Mélodique... c'est-à-dire relativement accessible au commun des mortels. C'était une compile pédagogique en quelque sorte, propre à titiller les esprits aventureux. Même le plus fondamentaliste des Jazzeux aurait pu y trouver quelques arpèges à son goût (mouaih... en faisant un petit effort, quand même !!!).

C'était compter sans Warfleloup, Grand Inquisiteur de la Très Sainte Église Métallique Universelle, qui s'était aussitôt abattu sur moi, comme la peste sur le bas clergé. C'est qu'il rigole pas le Warf quand on piétine ses plates-bandes, c'est qu'il serait méchant si l'on venait à asticoter ses idoles. Il me reprochait la mollesse de ma sélection.

J'implore ton pardon, Ô Grand Maître du Metal en Fusion. Et pour prouver ma bonne foi, j'ai remis l'ouvrage sur le métier et concocté un second tome d'une tout autre teneur. Cette nouvelle collection présente un aspect plus radical du Death Metal. Ici, ça ne rigole plus : pas de pitié pour les faibles, pas de compassion pour les souffreteux. Chaque riff est fait pour décapiter un buffle, chaque phrase est directement issue de la bouche d'Ereshkigal, déesse sumérienne de la mort et reine des Enfers.

J'espère qu'après cette nouvelle offrande, l'ami Warfleloup saura se montrer magnanime à mon endroit et m'accordera un sursis sur cette Terre. Si un de ces jours, vous le croiser et qu'il vous demande de lui prêter un briquet, s'il vous plaît, n'accédez pas à sa demande !!!

>>>>> AVE WARFLELOUP, MORITURI TE SALUTANT

01 - Kataklysm - To Reign Again
02 - Vile - What Lies Beyond
03 - Suffokate - My Darkened Eyes
04 - Morbid Angel - I
05 - Bloodbath - Mouth of Empty Praise
06 - Prophecy - The UnNamed
07 - Ebola - Necrolegion
08 - Whitechapel - Possession
09 - Acid Witch - Witchblood Cult
10 - Orthodox - The Dormant Mind
11 - Carcass - Buried Dreams
12 - Gorguts - Nostalgia
13 - Krisiun - Blood of Lions
14 - Death - Empty Words
15 - Ghoul - Blood Feast
16 - Panzerchrist - Impact
17 - Immolation - Father, You're Not a Father
18 - Revocation - Conjuring the Cataclysm

mardi 5 février 2013

Rouge


Oui monsieur, j'ai passé une nuit avec la grande dame rouge.

Mais revenons quelque temps en arrière.
Mai 1991, je débarque à l'hôtel Meridien de Colombo avec sac à dos et walkman.
Le réceptionniste me montre un œil torve. Je montre mon passeport.
« Well, fwançais ! Vu veniou por affair ? », il me dit.
« Saphir jaune ! », je rétorque.
« Well, si vu aimey bon miousik, vu veney at nine o'clock dans la saloon ! »
Je remplis la fiche de renseignements. Il me donne ma clé. « Well, 719 ! »
Fin du premier acte.

Début du deuxième.
Vingt et une heures pétantes, le gosier desséché par une semaine de trek, je déboule dans le bar de l'hôtel. À cet instant précis, la seule vision de l'interminable rangée de flacons de whisky suffit à mon bonheur. Le camaïeu de tons jaunes et verts d'un Bunnahabhain de 1975 m'inspire. « Un double... sec ! ». 58° de douceur glissent le long de mon gosier et viennent réchauffer mes boyaux. D'autres clients arrivent. Il y a du costard-cravate, du polo Lacoste, du mocassin à pompons, du tailleur Chanel, de l'escarpin verni et de la robe argentée qui s'arrête au ras du bonbon. Avec mon jean et mes Camarguaises, je fais un peu tâche, mais personne ne semble se soucier de ma présence. Quelques murmures fusent. Des verres s'entrechoquent. Des mains d'hommes glissent le long des jambes de leur voisine. Ça mutine et ça lutine en toute impunité !

Le troisième acte commence par un bruissement feutré. Du fond de la salle obscur, surgit une longue silhouette effilée. Elle semble glisser sur l'épaisse moquette émeraude. Au contact de la lumière, la forme mouvante prend corps. Elle s'approche avec une grâce infinie de l'orgue électronique posé entre deux spots à parapluie. Une jeune femme fait désormais face au public impatient. Elle est grande, mince, un visage asiatique encadré d'une coupe à la Louise Brooks. Elle porte une longue robe de soie rouge, brodée de discrètes enluminures blanches. Le vêtement dévoile ses bras clairs, ses épaules graciles et, par une échancrure polissonne, la délicieuse courbe de ses mollets. Elle n'est pas franchement belle, mais possède un charme indéfinissable et une aura quasi mystique.

La grande dame rouge s'installe au clavier, étire ses doigts avant de les laisser flâner sur les touches ivoirines. Des accords jazzy s'envolent, envahissent l'espace, se fondent dans le décor, s'immiscent au plus profond des êtres. Enfin, la grande dame rouge entame une ritournelle enivrante qui vient se ficher directement dans les cœurs. Sa voix est à la fois douce et rugueuse, un subtil mix entre Maurane et Bonnie Tyler.

Le concert se poursuit dans une infinie sérénité. Les spectateurs sont invités à déposer de petits papiers pour demander une chanson particulière. Le temps de siroter trois autres doubles, j'entends "Woman in Love", "Goodbye Yellow Brick Road", "Yesterday", "You're the One That I Want", "Imagine", "Singin' in the Rain", "The Star-Spangled Banner", "La Vie en Rose" (deux fois), "My Way" (trois fois !), plus quelques valses et paso dobles qui émoustillent de vieilles enrubannées. La grande dame rouge y met toute son âme, donnant une saveur totalement originale à chacun des morceaux. Si l'exécution est parfaite, l'ambiance féerique, le whisky savoureux, je ne trouve pourtant guère matière à émouvoir mes vieux os de baroudeur. Aller, je me lance, je noircit nerveusement un billet : "Van Halen, JUMP"... et advienne que pourra !

Il est presque minuit, la fin du spectacle approche. Point de "Jump" à l'horizon ! Je suppute que la grande dame rouge ne goûte pas ce genre de musique. Je m'apprête donc à regagner mes pénates. C'est alors que surgit des enceintes, l'intro si caractéristique imaginée par Edward Van Halen. La grande dame rouge la maîtrise à la perfection, elle l'étire à l'infini, variant les sonorités et l'intensité musicale. Les yeux fermés, la bouche arrondie, elle semble comme envoûtée par le rock. Elle attaque le chant : « I get up... and nothing gets me down... » et c'est un déferlement d'énergie pure qui s'abat sur le public, sans doute peu habitué à ce genre d'excentricité. C'est dix minutes de folie, dix minutes de feu, dix minutes de rage qui me laissent groggy. Et la tension redescend doucement, comme dans la version originale. La grande dame rouge est maintenant debout derrière le clavier, visiblement épuisée. Elle me lance un regard complice, avant de disparaitre aussi mystérieusement qu'elle était venue.

Le quatrième acte démarre comme le précédent, mais cette fois, j'arrive avec des munitions. J'ai préparé une copieuse liste de chansons : "Born to Be Wild", "Smoke on the Water", "Stairway to Heaven", "Born in the USA", "Rock and Roll All Nite", "No More Mr. Nice Guy", un peu de Bowie, beaucoup de Stones... Vous me croirez si vous voulez, elle connait tout et ne se contente pas d'une simple copie. Je découvre un "We Are the Champions" façon reggae, "Johnny B. Goode" se transforme en ballade suave et "Live on Mars" a capella me lacère le cœur. Quand "Highway to Hell" devient une biguine et que "Gloria" se pare de sonorités nord-africaines, on tutoie véritablement les anges. Et ce soir, mon ange c'est la grande dame rouge. Mais comme dans tous les contes de fée, il faut que la princesse regagne son château. Le tour de chant s'achève avec "Listen to your Heart" de Roxette qu'elle chante sans jamais me quitter des yeux. « Listen to your heart... before you tell him goodbye ». Et comme une goutte de grenadine qui se dissout dans l'eau pure, elle s'éclipse encore.

Je passe une nuit agitée et le dernier acte ne se présente pas sous les meilleurs auspices : nous sommes dimanche, pas de concert ce soir. Mon départ étant programmé lundi, il y a fort à parier que je n'entendrai plus jamais la grande dame rouge. La vie sur la route est ainsi faite de rencontres impromptues, d'amitiés éphémères, d'amours inachevées.

Je consacre la journée à faire ce pour quoi j'ai entrepris ce périple au Sri Lanka. La mousson d'été est toute proche, l'atmosphère est moite, la température pesante. Demain, je serai en France. Je n'aspire qu'à quelques verres de philtres des Highlands, un repas léger avant une bonne nuit de sommeil. En arrivant à l'hôtel, le réceptionniste me tend une enveloppe... rouge. J'y trouve un bristol : « Room 917, 9 p.m., (signé) Choon-Hee ». Le message est aussi bref que sibyllin, dessiné d'une écriture ronde, presqu'enfantine.

Les deux heures que je passe à m'apprêter sont sans doute les plus longues de ma vie. J'use autant de savon qu'en un mois de randonnée ! Coup d'éponge sur les bottes, Levi's 501 de gala, t-shirt Motörhead. Une goutte de sent-bon sous les bras.

À l'heure dite, je suis devant la chambre 917... le même numéro que la mienne, mais à l'envers. Le destin est parfois facétieux ! Avec ma bouteille de champagne et mon bouquet de lotus bleus, je suis aussi troublé qu'un ado qui se rend à son premier rendez-vous.
Je frappe.
La grande dame rouge m'accueille.
La porte se referme sur nous deux.

Maintenant, n'espérez pas que je vous dise ce qui s'est passé après. Tout ce que vous saurez, c'est que j'ai passé une nuit avec la grande dame rouge.
Rideau !

>>>>> LADY IN RED

01 - Catherine Ringer - Red Sails (Cover David Bowie)
02 - Clutch - Red Horse Rainbow
03 - Erik Truffaz - Red Cloud
04 - Jean-Louis Murat - Les rouges souliers
05 - Kate Bush - The Red Shoes
06 - King Diamond - Pictures in Red
07 - Lou Reed - Baton Rouge
08 - Lynyrd Skynyrd - Red, White and Blue
09 - Laurence Vanay - Soleil Rouge
10 - Peter Gabriel - Red Rain
11 - Renaud - Rouge Sang
12 - Rush - Red Barchetta
13 - Carlos Santana - Verao Vermelho
14 - Slade - Ruby Red
15 - Spice and the RJ Band - Red Fire
16 - Ted Nugent - Little Red Rock
17 - The Jimi Hendrix Experience - Red House
18 - ZZ Top - Cherry Red

vendredi 1 février 2013

This Is... Voïvod

 
Parmi les groupes de Heavy Metal existant ou ayant existé, rares sont ceux qui échappent à toute classification. Voïvod en fait partie. Les plus aventureux le placent dans la case Thrash Metal. C'est vrai qu'au début des années 80, il faisait déjà la nique à Metallica et consort. Mais c'était sans compter sur l'imaginaire débridé d'Away (Michel Langevin), batteur, auteur et illustrateur qui créa de toute pièce le concept original du Voïvod.

Chaque album du groupe constitue un épisode de la grande histoire d'un monde post-apocalyptique nommé Morgoth. Parmi ses habitants, les Voïvods sont des survivants (d’origine slave "Voji–Vod" : chefs des guerriers) qui combattent et pillent le monde de glace. Le plus célèbre de ces "guerriers des glaces" est Korgull l’Exterminateur, présent sur la pochette du premier album. Cette évocation d’un futur à mi-chemin entre science-fiction et fantasy n'est pas franchement de toute gaité.

Pour ce faire, nos amis québécois mettent en œuvre un Thrash progressif, aux riffs dissonants, aux structures complexes qui allongent considérablement les compositions, et des ambiances malsaines évoquant la science-fiction rétro et ses invasions extra-terrestres. Parmi leurs influences musicales, ils citent aisément Chostakovitch, Bartók, Amon Düül II, Van der Graaf Generator, King Crimson, mais aussi Motörhead et Venom.

En 2005, Denis "Piggy" D'Amour, guitariste et co-fondateur du groupe décède à 45 ans. En 2006 et 2009, Voïvod publie deux albums posthumes comprenant les derniers enregistrements du défunt guitariste. Il faudra attendre début 2013, pour voir la bande éditer une nouvelle galette avec du matériel original... et un guitariste tout neuf.

Si vous n'avez pas peur de vous balader en tongs et maillot de bain au milieu d'une tempête de neige, je vous invite à visiter la discographie en tout point exceptionnelle de ce groupe complètement atypique, que je classe personnellement dans la case "Culte".

>>>>> I'M A CRAZY GOD

01 - Blower (1984 - War and Pain)
02 - Horror (1986 - Rrröööaaarrr)
03 - Overreaction (1987 - Killing Technology)
04 - Chaosmöngers (1988 - Dimension Hatröss)
05 - Pre-Ignition (1989 - Nothingface)
06 - Golem (1991 - Angel rat)
07 - Le Pont Noir (1993 - The Outer Limits)
08 - Nanoman (1995 - Negatron)
09 - Quantum (1997 - Phobos)
10 - Negatron [2000 - Lives (Live)]
11 - Reactor (2003 - Voivod)
12 - Dognation (2006 - Katorz)
13 - Earthache (2009 - Infini)
14 - Astronomy Domine (Pink Floyd Cover) [2011 - Warriors of Ice (Live)]
15 - Kaleidos (2013 - Target Earth)