mercredi 14 septembre 2016

King Cover #30


Natacha Léna n'était jamais à l'heure aux rendez-vous. Ce jour-là, elle n'avait qu'une heure et demie de retard !

J'en avais profité pour siroter quelques Penderyn Legend en grignotant des bretzels faits maison par Hakan, un ami turc qui tenait une élégante auberge sur les hauteurs d'Istanbul. La lune était rose, la vue sur le Bosphore imprenable.

Peu après 23h00, la belle Natacha daigna enfin m'honorer de sa présence. Grande et fine, la peau claire et des cheveux sombres coupés courts, elle portait son éternel ciré rouge, sur un pantalon fuseau noir. D'un pas vif, elle traversa la salle vide, elle posa son écharpe à pois sur le canapé et sur mes lèvres un baiser carmin. Elle sentait bon le cuir, j'ai aussitôt deviné un réel malaise dans ses yeux saphir.

— Tu n'as pas écouté les infos ? me reprocha-t-elle, le mur de Berlin est tombé ce soir.
— Sorry, darling, j'étais obnubilé par le bruit des glaçons dans mon single malt.
— Décidément, tu n'es qu'un sauvage comme tous tes frères capitalistes !

Connaissant la douceur habituelle de la jeune femme, la violence de l'invective me laissa pour le moins amer.

— Le mur est tombé ? La belle affaire ! Admets au moins que je n'y suis pour rien.
— Tu ne comprends donc pas, l'Union Soviétique se fissure de toutes parts, elle  est  au  bord  de
     l'implosion.
— Je te jure que ça me fend le cœur, mais que puis-je faire ?…
— Mon pays rapatrie tous ses agents, je dois rentrer… maintenant.

Je l'ai alors sentie submergée par une profonde tristesse. Je l'ai serrée très fort contre moi. De nouveau, elle frissonnait comme quand nous faisions l'amour entre deux escales. Bien sûr, j'avais envisagé mille fois cette rupture, elle était inéluctable… mais pas si vite, pas si violemment, pas sans une ultime caresse.

Je l'ai aidée à entasser quelques affaires au fond d'un grand sac de marin. Elle a passé à la broyeuse une montagne de dossiers. À 06h00 du matin, je l'ai déposée devant la gare de Sirkeci. Elle n'a pas voulu que je l'accompagne sur le quai.

Le dernier baiser à mon espionne russe fut comme un éclair. 25 ans plus tard, il me brûle encore les lèvres.

>>>>> PERESTROÏKA

01 - Van Halen - Dancing in the Street (Martha and the Vandellas)
02 - Clare Teal - California Dreamin' (The Mamas & The Papas)
03 - Rotary Connection - Respect (Otis Redding)
04 - Mariska Veres & Shocking Jazz Quintet - Venus (Shocking Blue)
05 - Daddy Mack Blues Band - Whole Lotta Love (Led Zeppelin)
06 - Ali Campbell - You Really Got Me (The Kinks)
07 - Dirty Martha - She's Not There (The Zombies)
08 - Susan Tedeschi - Hound Dog (« Big Mama » Thornton)
09 - Roadhouse - I Still Haven't Found What I'm Looking For (U2)
10 - Urselle - Purple Rain (Prince)
11 - Paul Anka - Wonderwall (Oasis)
12 - Little Bob Story - Lucille (Little Richard)
13 - Prey On The Fallen - Hotel California (Eagles)
14 - The Puppini Sisters - I Will Survive (Gloria Gaynor)
15 - Karen Aoki (ft. Jabberloop) - Are You Gonna Go my Way ? (Lenny Kravitz)
16 - Dick Brave & The Backbeats - Walk This Way (Aerosmith)
17 - Jimmy Barnes - All the Young Dudes (Mott the Hoople)
18 - Rod Stewart - Pinball Wizard (The Who)

2 commentaires:

  1. Et...c'est tout ? Plus une nouvelle de Natacha depuis 27 ans (car j'ai recompté plusieurs fois, ça fait bien 27 ans), pas une lettre, pas un entrefilet dans la Pravda, pas une note interne du FSB ?

    Un moment fort de notre vie, avec ou sans Natacha.

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